Médiation numérique et handicap mental

Auteur : Jenn Durfey. Licence : By

Auteur : Jenn Durfey. Licence : By

Un médiateur numérique accompagne les publics éloignés aux usages du numérique. Travailler avec ces publics relève davantage de l’accompagnement social. J’ai eu la chance de partager un temps de travail avec l’équipe éducative d’un équipement accueillant des personnes handicapées mentales sur l’accompagnement aux mondes numériques de ces personnes.

Éduquons

Le problème de départ est relativement simple. Un résident consulte des sites internet dans les escaliers de la structure (seul endroit où sa tablette capte le réseau). Les sites qu’il consulte pourraient « heurter » (à prendre au sens très large) d’autres résidents; que faire ?

La mise en place d’une solution technologique s’avèrera sans effet à moyen terme. Les résidents ayant la possibilité d’avoir un smartphone connecté à la 3G (et plus si affinités) pourront contourner aisément notre éventuel dispositif de filtrage. En partant du principe que le contournement sera possible, j’ai proposé une solution visible : créer un espace de consultation libre à internet. Investir un endroit cosy dans lequel les résidents pourront se connecter à internet par le biais d’appareils mis à disposition par la structure : un micro espace « public » numérique. L’objectif de cet espace est de créer un lieu de dialogue autour du numérique. Il est également de créer un espace ressource pour les éducateurs qui pourraient se saisir de ce lieu pour mener des activités de groupe autour d’internet. Pourquoi ne pas imaginer de créer une liaison skype avec le foyer distant de 3 kilomètres ? Il permettra également d’accompagner les résidents dans leurs pratiques numériques. Que cela soit une réponse technique (imprimer un document par exemple) ou que cela soit une réponse éducative. Si l’un va sur des sites « choquants » dans notre espace public, on va pouvoir se saisir de la situation pour éduquer aux médias. Si l’autre est choqué par ce qu’il voit, l’éducateur spécialisé va pouvoir intervenir auprès du résident. Il le pourra d’autant mieux si cette situation arrive dans cet espace numérique que s’il arrivait dans sa chambre à l’insu de tous.  Si un troisième se fait « draguer » par une belle inconnue des pays de l’Est, l’éducateur pourra intervenir pour lui montrer que ce n’est qu’une supercherie. Autant de situations qui pourront être abordées par la mise en lumière des pratiques sans les juger.

Changeons

Avant de mettre en place des activités liées au numérique, j’ai proposé que les éducateurs changent eux-mêmes leur perception de l’outil. Bien souvent l’outil n’est perçu que comme problème et trop rarement comme solution. De ce que je connais des formations d’éducateur spécialisé, les mondes numériques y sont étrangement absents. Quand ils y sont présents c’est souvent pour les dépeindre d’une manière caricaturale. Quelle utilisation avez-vous vous-mêmes de ces outils numériques ? Si je prends l’exemple simple de Facebook, beaucoup l’utilisent globalement pour dire que ce week end ils vont pouvoir aller skier et que c’est cool. Combien sont membres d’un groupe de discussion sur des pratiques professionnelles ? Combien utilisent également Facebook comme source d’information professionnelle ?

Pourquoi ne pas imaginer de créer un profil facebook de l’institution avec lesquels les résidents pourraient également échanger ? Certains ont des troubles du langage mais sont à l’aise à l’écrit. D’autres pourraient profiter de l’interface écran pour dire des choses qu’ils ne diraient pas en face à face. Et bien sur, il se peut que personne ne s’en serve…

La limite entre vie privée et vie publique va être encore questionnée. Je dis encore, car elle est toujours en questionnement dans la pratique professionnelle. Connaître les mots de passe de messagerie des résidents ou voir ce qu’ils postent sur leurs murs Facebook sont des outils. L’objectif n’est évidemment pas de fliquer, mais d’être présents « au cas où ».

Libérons les énergies

« Permettre d’accéder aux codes sociaux qui faciliteront leur intégration sociale » va être l’un des objectifs types que l’on va trouver dans une structure d’hébergement de personnes handicapées. Même si les textes datent (surtout à l’échelle de l’évolution des nouvelles technologies),il me semble évident que pour exercer sa citoyenneté il est impératif d’avoir accès aux mondes numériques. Intégrer les outils numériques aux activités habituelles de nos publics, mettre en place des actions spécifiques autour de ces outils numériques comme par exemple cette magnifique reprise de « Happy » pour souhaiter une joyeuse journée mondiale de la trisomie !

 

Ressources

Je me suis documenté en amont pour préparer ce temps de travail et voici quelques petites ressources que j’ai sélectionnées pour leur intérêt :

TIC et prise en charge des personnes handicapées mentales par Audrey Bonjour et Vincent Meyer. Un article de fond très bien documenté et écrit avec une bibliographie complémentaire

« L’utilisation de l’informatique et de l’Internet par les personnes handicapées mentales accueillies en établissements spécialisés s’inscrit aujourd’hui dans les pratiques professionnelles du champ médico-social. Si cette communication médiatisée devient un relais de la prise en charge, elle équipe et valorise une professionnalité, mais participe aussi d’une évolution des représentations des professionnels sur les usagers de ces établissements. »

http://communicationorganisation.revues.org/3152

Dossier Jeu Vidéo et Handicap in « le journal d’une gameuse ». Un article présentant les différents handicaps et les répercussions pour joueur au jeu vidéo avec une deuxième partie comment rendre le jeu vidéo accessible à tous très pertinente.

« Le handicap, bien qu’étant un sujet de moins en moins tabou dans notre société, le reste bel et bien en matière de jeux vidéo. Pourtant les joueurs souffrant de handicap représentent 15 à 20% des gamers. Il serait quand même temps pour les développeurs de s’intéresser à ce public et d’arrêter de penser que les consommateurs sont forcément de jeunes hommes blancs valides et hérérosexuels… »

http://www.lejournaldunegameuse.fr/?p=666

+250 logiciels éducatifs gratuits créés pour et avec des personnes handicapées mentales

« Voici une liste de plus de 250 logiciels qui nous ont semblé pouvoir intéresser les enfants ou adultes plus ou moins longtemps, et qui présentent à des degrés divers un caractère éducatif.
Cette page est en perpétuelle actualisation, et tendra à se spécialiser vers les logiciels en freeware, le budget de nombreux établissements étant encore souvent trop restreint en ce qui concerne l’utilisation de l’outil informatique par les personnes qui y sont accueillies.
« 

http://www.siwadam.com/hmm/log00.htm

Un statut pour le métier de médiateur numérique

d4d9f6_604346a7c4bd4484b162ff6c852d0cd3Dans les questions d’actualités de l’assemblée nationale ce 15 janvier, Axelle Lemaire, secrétaire d’état au numérique a esquissé la stratégie numérique du gouvernement. Elle a notamment plaidé pour une meilleur diffusion des usages tels que la télé-médecine, l’e-éducation, le big data ou même l’administration en ligne. Pour ce faire, la secrétaire d’état souhaite développer la médiation et « reconnaitre un statut au métier de médiateur numérique qui est essentiel dans les territoires, dans les espaces de rencontre pour permettre la diffusion des usages et l’inclusion de tous ». Axelle Lemaire a en outre rappelé la consultation menée par le Conseil National du Numérique pour bâtir une république numérique; consultation à laquelle les médiateurs numériques sont bien évidemment invités à participer.(https://contribuez.cnnumerique.fr)

Social – L’exclusion numérique, un risque pour la société

Social – L’exclusion numérique, un risque pour la société

 

 « au final, ce sont les travailleurs sociaux, qui se retrouvent à faire les médiateurs numériques », … Les écrivains publics d’aujourd’hui, médiateurs numériques demain ? Dans tous les cas, « le médiateur numérique n’est pas encore assez reconnu aujourd’hui », . 

Source: www.echos-judiciaires.com

La France compte 5 millions de personnes « déconnectées ». Comment prendre en compte ce nouveau facteur d’exclusion dans les politiques publiques et la réforme de l’administration ?, s’interroge Emmaüs Connect.

See on Scoop.itmediateur numerique

« Older Entries