Numérique : de l’outil au prétexte

Tools. By Andrew Fogg. Flickr. Licence BY.

Tools. By Andrew Fogg.
Flickr. Licence BY.

Je suis parfois surpris par les compétences demandées pour « un responsable numérique » (l’appellation varie beaucoup, par commodité j’utiliserais celle-ci) amené à travailler dans un équipement public. Ce qui m’étonne le plus ce sont les compétences très spécifiques qui sont demandées. De mon point de vue, le plus important n’est pas de savoir manipuler un outil, mais de lui donner du sens.

Trousse à outil

Il est évident qu’un responsable d’un département jeux-vidéo d’une médiathèque doit avoir un minimum de savoir-faire dans le domaine. Pour autant, j’ai rarement vu que l’on demande à un bibliothécaire de savoir lire et encore moins de « bien connaître la littérature policière » (par exemple). Ce qui paraît évident pour l’un ne l’est plus dès que l’on touche de près ou de loin au secteur numérique. Il n’est peut-être pas utile de demander à un cadre supérieur de savoir utiliser un logiciel de traitement de texte, surtout s’il est censé être en charge du département numérique de l’établissement.

Dans un autre registre, je m’interroge sur le fait de demander à un futur agent de savoir utiliser « Makey-makey ». Plusieurs questions me viennent à l’esprit. Imaginons que je ne sache pas utiliser un makey-makey est-ce que cela est rédhibitoire pour devenir directeur adjoint de l’établissement ? Qui diable a pu rédiger cette annonce au point de demander cette compétence spécifique ? Aurait-elle demandé de connaître les auteurs de roman policier norvégiens des cinquante dernières années à un bibliothécaire ? Surement pas. Cette personne a assisté à une démonstration du makey-makey et elle s’est dit c’est génial il me faut ça dans ma bibliothèque (et elle n’a pas tort au passage).

Sauf que…

La prise en main du Makey-makey se fait en moins de trente minutes pour un enfant de huit ans…Si on pousse dans les détails cela nécessite pas plus d’une demi-journée. Par contre une fois qu’on a compris comment cela fonctionner cela peut nous demander une vie entière pour savoir à quoi cela va servir. La compétence recherchée ici est la créativité ou la veille (ou les deux d’ailleurs) .

Créateur de liens

Quitte à recruter un responsable numérique pour votre établissement, exigez de ce dernier que le numérique devienne un prétexte. L’outil doit servir le projet de la structure. Votre responsable doit être en mesure de vous dire comment le numérique va répondre aux besoins de l’établissement. Cela n’exclue pas de mettre en place des ateliers d’initiation à l’informatique ou des ateliers bidouilles avec le makey-makey. Mais ces ateliers deviennent un prétexte pour servir un projet d’ensemble. La culture de l’innovation est celle du changement de regard. Elle ne nécessite pas forcément des compétences techniques spécifiques mais beaucoup de « lâcher-prise« , « bienveillance« , « humilité » et « remise en cause« . Votre responsable numérique peut être celui qui va vous accompagner dans cette transition numérique (qui n’a de numérique que le mot, elle est dans son essence sociétale).. Elle va demander de votre part un gros sacrifice : celui de perdre le contrôle pour pouvoir le redistribuer à tous les collaborateurs de l’établissement. Il ne faut pas s’en inquiéter cela ne va pas se faire en un jour, mais tout en douceur. Quand on me demande un exemple d’actions innovantes en bibliothèque, je cite systématiquement la mise en place d’une grainothèque. C’est l’action la plus « numérique » que je connaisse qui demande le moins de compétences numériques possibles tout en offrant un champ large de prétextes à donner du sens.

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