Médiateurs numériques StopCovid

C’est une offre d’emploi assez particulière que me propose Paul cette semaine dans sa sélection automatique d’offres susceptibles de m’intéresser….Dans le cadre du déploiement de l’application StopCovid en Guyane, le service numérique de l’Agence Régional de Santé de la  Guyane recherche des médiateurs numériques pour accompagner les publics dans la prise en main de cet outil.La mission consiste à informer les publics de l’existence et de l’utilité de l’application; d’accompagner les usagers dans la prise en main de l’application et de faire remonter les problématiques. En clair il s’agit d’être médiateur numérique de StopCovid.

Démonstrateur numérique

Sortons du contexte très particulier  lié à la Covid19. (abordé dans ce précédent billet). Le médiateur numérique n’a pas de vocation commerciale. Bien sur nous recommandons tous des outils pour les usages auxquels nous accompagnons. Quand un usager se présente dans un espace Public Numérique pour avoir de l’aide sur un outil en particulier, notre mission est d’en savoir l’usage. Si vous cherchez un logiciel de montage vidéo, je vais vous demander quel type de vidéos vous souhaitez réaliser. Si votre objectif est de réaliser des petits diaporamas , je ne vais pas pour recommander Adobe Premiere Pro. Et si vous voulez réaliser un vrai court métrage, je pourrais tout à fait vous orienter vers cette solution. Quoiqu’il en soit, un médiateur numérique n’est pas mandaté par des éditeurs de logiciels ou matériels pour vanter leurs qualités. Quelques soient les circonstances. C’est un principe de neutralité qui me paraît important de souligner.

Si l’ARS recherche des personnes pour faire la promotion de StopCovid qu’elle appelle ça des démonstrateurs numériques. C’est la même mission que vendre des machines Nespresso au supermarché du coin. Au moins le rapport avec votre interlocuteur est clairement fixé.

Pour le Conseil National du Numérique

Aujourd’hui, le médiateur numérique vend l’application StopCovid. Demain de quel produit pourrait il faire l’article ? Dans un an la France devra proposer une carte nationale d’identité électronique, qui remplacera peu à peu la carte d’identité. Beaucoup de questions se posent autour de l’enrôlement de la population. Le Conseil National du Numérique a produit un rapport (auquel j’ai eu le plaisir de participer) et livré 43 propositions pour cette future identité numérique.

L’identité numérique étant fortement liée à la vie civique et à la vigueur des liens de confiance réciproque entre les citoyens et l’État, nous avons choisi, au Conseil, de tenir compte du contexte inédit de la pandémie du COVID-19 survenue en fin d’année 2019. Il ne s’agit pas, dans ce rapport, de tirer des conclusions hâtives, mais bien d’illustrer que la relation de confiance doit préexister à toute démarche d’urgence, car elle garantit l’adhésion et la pleine participation des citoyens.Par ailleurs, ce rapport de confiance participe à construire un pouvoir d’agir des citoyens dans la résolution collective des problèmes rencontrés dans des cas de crise majeure tels que celui-ci, en plaçant le citoyen comme l’un des pivots de la résolution de la crise, ne serait-ce que par sa délégation de confiance à l’État et son appui aux solutions mises en place.

La place du médiateur numérique dans l’accompagnement des publics éloigné est clairement définie comme  ayant vocation à augmenter la capacité d’agir du citoyen. Il ne prescrit pas la Carte d’Identité Numérique, il accompagne le citoyen à se forger une opinion sur celle-ci et le cas échéant l’accompagne dans sa démarche et ses usages. Ainsi, Le médiateur se positionne comme tiers de confiance vis à vis de l’usager.

Pour l’Assemblée Nationale

L’Assemblée nationale s’est également penchée sur cette question à travers une mission d’information. Elle vient de rendre un rapport sur l’identité numérique avec une quarantaine de recommandations.Le Député Jean-Michel Mis, l’un des deux rapporteurs de cette mission d’information préconise d’étendre le dispositif Pass Numérique, d’une part et de généraliser la solution Aidants Numériques d’autres part pour accompagner les publics éloignés du numérique. (Voir proposition 35 dudit rapport)

Concrètement, une administration remettra à l’usager un chéquier donnant droit à 10 ateliers (par exemple) accompagnés par un médiateur numérique. Ce dernier aura au préalable reçu une accréditation pour faire les démarches administratives à la place de l’usager (c’est le propre du dispositif Aidants Connect à ce jour). Si l’usager vient avec dix chèques « Identité Numérique » , en face le médiateur numérique doit lui fournir la prestation correspondante. Le médiateur n’est plus de fait en posture de médiation, mais bien en posture de sous-traitant.

En contrepartie, sa structure reçoit un dédommagement de 9,60 € par chèque scanné. Dans le commerce on appellerait ça une commission.

Un rôle à définir

Au-delà des éléments de contexte lié à la Covid19, cette annonce propose un nouveau glissement sémantique du médiateur numérique.Dans un contexte ou les financements sont difficiles à obtenir, le Pass Numérique pourrait devenir une ressource de financement principale. Ainsi, une structure pourrait se sentir contrainte d’effectuer des actions financées par ce biais pour obtenir des fonds. Cette dépendance me paraît très malsaine à court terme. De surcroît, ce type de relation de peut pas permettre l’épanouissement de l’usager. A moyens termes, les effets sur l’illectronisme seront nuls.

Il est urgent de définir un statut pour le médiateur numérique. Il est primordial de fixer son cadre d’intervention. La stratégie mise en place par le gouvernement vise à favoriser l’inclusion numérique. Le rôle de l’Etat est de montrer le chemin qu’il souhaite prendre pour parvenir à des objectifs définis. Nous disposons de vingt ans d’expérience en matière d’inclusion numérique. 20 ans de questions. Le temps des réponses est venu.

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