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Le diaporama en improvisation théâtrale

Le désespéré. Gustave Courbet

Le désespéré. Gustave Courbet

L’improvisation théâtrale c’est aussi de l’art visuel. Une belle improvisation peut former un beau tableau, surtout si c’est un tableau de groupe. Travailler sur les images, c’est travailler sur la cohésion de groupe et travailler le sens que l’on donne à son improvisation. Quand l’improvisateur entre dans la patinoire, nous devons tous (public, partenaires de jeu, arbitres…) être en capacité de comprendre l’image qu’il nous envoie. Voyons ici deux catégories dans lesquelles un soin tout particulier devra être apportée à l’image que nous projetons.

Le Diaporama

Où l’on diffuse des photos de mariage, souvenirs de vacances. Un joueur conte, les autres font les photos. Cette improvisation se joue le plus souvent de manière comparée avec une durée plutôt courte (à titre personnel deux minutes me paraissent suffisantes). L’enchaînement des diapositives est réalisé soit par le conteur soit par l’arbitre.

Cette catégorie fait beaucoup appel à l’écoute et à la cohésion.  L’idéal serait de se demander qui de la diapositive ou du conteur prend le lead sur l’autre. A ce titre l’exercice du « miroir » me paraît approprié.

Miroir : Deux jouteurs se font face à face, l’un fait le reflet de l’autre. L’objectif est que l’on ne parvienne plus à distinguer qui guide l’autre.

Pour travailler sur la notion de tableau de groupes, plusieurs exercices me paraissent pertinents.

Tableau de maître : Les improvisateurs doivent prendre les mêmes poses que les personnages d’une toile. Cet exercice est utile pour appuyer sur les expressions des personnages. Observez avec attention les postures de chacun des protagonistes ainsi que leurs expressions.

Les bergers d'Arcadie de Nicolas Poussin

Les bergers d’Arcadie de Nicolas Poussin

A noter que la catégorie Tableau de maître fait d’une illustration le thème de l’improvisation.

Photo de groupe

Dans la catégorie diaporama, je constate souvent un manque d’originalité quant aux diapositives qui sont proposées. Très régulièrement on nous propose à voir des souvenirs de vacances avec l’oncle Gérard et la tante Mathilde. Aussi, j’ai imaginé ce petit exercice pour sortir des sentiers battus. Demandez à vos improvisateurs de se mettre en position pour une photo de classe, une photo de famille à Noël, la photo d’une équipe qui vient de perdre lamentablement, une photo de groupe de rock, de quatuor à cordes etc…Jouez sur la diversité des groupes et la diversité des émotions.

Une variant consiste à créer une photo gigogne. Un premier joueur se positionne au centre et s’immobilise. Un deuxième vient se placer en fonction de ce que lui inspire la pose prise par le premier, puis un troisième, puis un quatrième jusqu’à former un tableau collectif.

Si la catégorie « diaporama » n’est pas des plus compliquée à appréhender, elle n’en demeure pas moins intéressante à revoir pour des improvisateurs plus aguerris. Cette catégorie fait à mon sens partie des basiques de l’improvisation et peut-être abordée avec des improvisateurs débutants y compris des enfants.

Archétype de joueur : le bâtisseur

819px-Construction_WorkersLe bâtisseur aime construire des histoires.  Quand il joue en match, il ne fait pas de caucus, mais construit  des synopsis. Il affectionne particulièrement de faire reposer l’improvisation sur une plateforme forte. Qui ? Quoi ? Où ? Telles sont les trois questions existentielles du bâtisseur.  Non content de vouloir poser des fondations solides à l’improvisation, il va également vouloir positionner des marqueurs clairement identifiables (de son point de vue) pour faire avancer son histoire. Pour cela il va se baser sur la structure classique du schéma narratif : « Il était une fois….chaque jour…..quand soudain….depuis ce jour…. » Il peut également s’appuyer sur le voyage du héros de Vöggler , il pourrait même faire l’histoire à lui tout seul….Le coach doit veiller à ce que notre bâtisseur ne se transforme pas trop en metteur en scène justement. Il faudra veiller à ce qu-il ne soit  pas uniquement celui sur qui se repose l’équipe dans les catégories « contées ». Il y a là une certaine facilité de la part des autres joueurs qui vont se reposer sur lui et ne pas se mettre en danger. Un autre écueil serait de ne pas construire sur des improvisations de durée moyenne ou courte. Ce n’est pas par ce qu’une improvisation ne dure que deux minutes qu’elle ne doit pas être construite, que sa plateforme ne doit pas être définie. Même avec une abécédaire, on peut définir le qui, le quoi et le où. Le bâtisseur c’est celui qui va donner du sens à l’improvisation en lui donnant un corps, en allant souvent à l’essentiel. Son rôle est important dans une équipe et il peut être judicieux d’avoir plusieurs bâtisseurs.

Confiance et improvisation

SONY DSCAugmenter sa confiance en soi. C’est la première des motivations qui m’a été donné par les débutants en improvisation que je suis depuis septembre. S’ils venaient essayer l’improvisation c’était dans l’objectif d’améliorer leur confiance en eux (au-delà de prendre du plaisir évidemment).

Du théâtre sans filet ?

La représentation qu’ils se faisaient de l’improvisation était celle de théâtre sans filet, le filet étant le texte. En cela la pratique de l’improvisation paraissait à la fois plus périlleuse tout en laissant une plus grande part à la créativité. Le premier écueil consiste à démontrer que l’improvisation n’est pas « périlleuse ».  Dans cette optique, j’aime beaucoup utiliser l’exercice « Mentir Vrai » dès la première séquence.

Il s’agît pour chaque improvisateur d’imaginer un personnage (nom, prénom, profession, situation de famille etc…) et de nous parler en tant que tel. Il est tout à fait permis d’utiliser des éléments réels. Le but du jeu étant que l’on arrive pas à percevoir à quel moment l’improvisateur invente et à quel moment il dit vrai.  C’est exercice ne peut fonctionner qu’en début de saison lorsque les improvisateurs ne se connaissent pas. Il permet à chacun de réaliser sa première improvisation sans s’en rendre compte.

Faire croire que l’on est ce que l’on est pas est une des bases de l’improvisation. Bien sur, il conviendra de compléter très vite en incarnant le personnage.

La confiance

L’autre représentation à laquelle j’ai du faire face et celle liée à l’idée de se retrouver « seul » en scène. Pour le coup il me semble que c’est l’effet « Jamel ». Comme Jamel a fait de l’improvisation et fait du stand up, il y a parfois une association d’idée entre les deux.  Or en improvisation les moments « solos » sont excessivement rares, d’autant plus au début (comprendre en match). L’essence de l’improvisation repose sur la rencontre et sur notre capacité à faire confiance à cet inconnu et réciproquement. Car le « filet » en improvisation c’est l’autre. Que cela soit celui qui partage la scène avec nous, où notre coéquipier assis tranquillement sur son banc, il est toujours prêt à nous soutenir comme nous le sommes vis à vis de lui. Augmenter sa confiance en soi en improvisation passe par faire confiance à l’autre et se montrer « digne » de la confiance qu’il nous donne.