Retour sur le pass numérique de rentrée

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Dans la stratégie d’inclusion numérique du gouvernement, le pass numérique occupe une place de premier choix. Le pass numérique doit permettre au bénéficiaire de découvrir ou d’améliorer ses connaissances sur l’outil et les usages numériques. Pour la rentrée 2020, l’Etat a soutenu de manière exceptionnelle ce dispositif. Au niveau national, L’Etat a ainsi distribué 75.000 Pass numériques de rentrée. L’objectif était de cibler 15 000 habitants des  quartiers prioritaires de la politique de la ville et des zones de revitalisation rurale.

En quatre ans, la politique d’inclusion numérique menée s’est essentiellement concentrée sur deux outils, le « pass numérique » et la Mednum. Elle n’a donné aucun résultat probant.

Rapport Annuel de la Cour des Comptes (2021)

Le pass de rentrée

Le pass numérique est un chèque-formation d’une valeur faciale de 10 euros remis aux personnes en difficulté avec le numérique, ouvrant droit à un atelier de formation réalisé par une structure locale de médiation numérique. Les pass numériques de rentrée ont été remis sous la forme d’un chéquier d’une valeur de 50  euros. Ces 50 euros correspondent à 5  ateliers de formation. Selon l’Agence Numérique de la Cohésion des Territoires 9 000 personnes  ont bénéficiées de ce pass de rentrée pour un total 45 000 Pass numériques, soit 60% de l’objectif fixé.

L’agence nationale de la cohésion des territoires se félicite de ce résultat  et souligne la montée en compétences des usagers.

Montée en compétence

La montée en compétence est un principe de base de la pédagogie. Quand vous entrez en formation, c’est pour atteindre un objectif pédagogique clairement défini. Le catalogue de services du pass numériques présente des objectifs flous. Du reste, ce catalogue recense des services et non des compétences. Avec un pass numérique vous financez un service. Pourtant ce service peut mobiliser plusieurs compétences. Prenons par exemple le service 2 :

Les conduites à risques et les bons usages du numérique

Qu’est est l’objectif ? De savoir qu’il y a des  conduites à risques ? De sensibiliser aux conduites à risques ? Ou de pouvoir adapter son comportement en fonction des risques ? Si on se réfère à la taxonomie de Bloom ces trois questions renvoient chacune à un niveau pédagogique différent. Ce n’est pas en 45 minutes (temps moyen d’un atelier pass numérique) que je vais pouvoir atteindre ce niveau là.

D’autres services comme la découverte de l’Environnement Windows demandent plus de précision pour pouvoir être évaluées. L’idée que ce point peut être abordé en 1 heure avec une personne éloignée du numérique est très optimiste. Des travaux sont en cours pour créer des ponts en PIX et Aptic. Gageons qu’ils produisent des choses concrètes cet été ! Concrètement une approche par compétences permettrait de souligner qu’il faut au minimum 5 séances (et donc 5 chèques) pour prendre en main l’environnement Windows.

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Pass numérique ou Conseiller numérique ?

Dans le plan de relance, le gouvernement a investi 240 millions d’euros pour financer le déploiement de  4000 Conseillers Numériques France Service. L’une des missions de ces conseillers est d’organiser des ateliers collectifs. Ces conseillers numériques   sont financés sur deux ans à hauteur de 40 000 €. Pour 400 000 € on aurait pu financer 10 conseillers numériques pendant deux ans. En quelques mois ils auraient délivré le même service que ces pass numériques de rentrée. En deux ans il auraient pu réellement accompagner vers l’autonomie ces 9 000 personnes. Or, comme le rappelle la Cour des Comptes , il n’y a pas de critères d’évaluation proposé.

« Il n’existe pas aujourd’hui d’évaluation de l’efficacité de cet instrument. Les retours d’expérience des premiers déploiements du pass sont, pour le moment, peu convaincants, les commanditaires rencontrant des difficultés à définir le public cible et à l’atteindre effectivement. Ils font également état de la réticence de certains acteurs de la médiation numérique, majoritairement associatifs, à l’idée de rendre leurs services payants via la facturation des services d’accompagnement ». L’absence de leur d’évaluation ressort de la majorité des expériences, « jetant un doute sérieux sur l’efficacité de l’instrument. »

Un référentiel de compétences

Il y a 15 millions de Français en déficit de compétences numériques. L’objectif de la stratégie nationale d’inclusion numérique est de permettre à 5 millions d’entre eux d’atteindre l’autonomie numérique dans les trois ans. Cette autonomie numérique doit pouvoir être définie en des termes pédagogiques à travers un référentiel de compétences minimales à posséder. Ce n’est pas le cas actuellement. Ces personnes vont être accompagnées par des médiateurs numériques (avec toutes les variantes de statuts et d’appellation que cela implique) . Grâce à ce référentiel, un médiateur pourra estimer la durée d’un accompagnement socle. Dans les échanges que j’ai pu avoir avec mes collègues, la tendance est à 30 heures d’accompagnement minimum. Cette estimation est faite « au doigt mouillé » car justement il n’ y a pas de référentiel commun et que chaque médiateur a sa propre définition « d’autonomie numérique ».

L’objectif du Pass

Ensuite vient la question du pass numérique. L’objectif du pass numérique est de cibler les personnes qui ne viennent pas dans les espaces de médiation numérique, les oubliées du numérique.

Les personnes qui fréquentent votre lieu ont besoin d’accompagnement. Mais cela ne veut pas dire que toutes les personnes qui ont besoin d’accompagnement connaissent même l’existence et les activités de votre lieu.
#APTIC, a pour objet d’agir prioritairement pour ces populations.88% des bénéficiaires du Pass #APTIC ne connaissaient pas l’existence du lieu où elles ont été accompagnée.

Le Pass #APTIC a donc notamment pour objectif de financer le surplus d’activité lié à ces populations « oubliées ».

FAQ Aptic 

Évaluation

La première question qu’on devrait poser à un bénéficiaire est donc bien de savoir si il fréquentait la structure de médiation numérique auparavant. Comme l’indique son responsable fort justement  : « Un pass utilisé par quelqu’un n’avait jamais été « touché » a parfois plus d’importance que 10 pass consommés par des bénéficiaires déjà usagers. »

La deuxième question qu’on doit se poser est liée à ses apprentissages numériques. On doit être capable de mesurer les compétences acquises à chaud et bien sur à froid. Si je vous accompagne pour « envoyer un email » , mon objectif est que vous sachiez le faire à la fin de ma formation. Mais il faut surtout que vous sachiez le faire trois mois après !  Comment évaluez une montée en compétences sans objectifs pédagogiques clairement définis ? C’est impossible.

La troisième question est celle de l’impact social. Elle est intimement liée au commanditaire et aux publics ciblés. L’objectif du commanditaire est très rarement de former à l’envoi de mail dans l’absolu. Par contre, le commanditaire considère que l’envoi de mail est un élément indispensable dans le parcours de son usager. Si un allocataire du RSA ne possède pas de mail, il ne peut pas s’inscrire sur une plateforme d’insertion par l’emploi. L’objectif du commanditaire est bien de mettre en oeuvre les éléments qui vont permettre à cet allocataire de sortir du RSA.

La question n’est pas de savoir si tel ou tel outil est adapté. Le Gouvernement a lancé une stratégie ambitieuse et volontariste de lutte contre l’illectronisme. Il manque un socle de compétences numériques minimales à atteindre pour qu’un usager soit considéré comme sorti de cette situation.

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